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  Construire son tremplin


(22/05/2007)

Nous avons tous été gosses, nous avons tous déjà joué à sauter une bordure, un tronc, un roché. Passons maintenant à la vitesse supérieure avec un tremplin.

La dernière fois, nous avons vu comment construire une grind box. C’était somme toute assez simple puisqu’elle n’est constituée que de surfaces planes et rectangulaires. Maintenant, nous allons voir comment construire une rampe et un tremplin.

Une rampe est un plan incliné qui permet de s’essayer aux sauts et peut également servir de réception. Un tremplin est incurvé pour induire une transition dans l’angle du saut. Il peut également être utilisé comme réception mais cela devient plus délicat.

Donc dans un ordre croissant de difficulté pour les sauts, nous avons :

sauter une rampe et arriver sur une table,
sauter un tremplin avec atterrissage sur une rampe,
sauter un tremplin avec atterrissage sur un tremplin.

Comme d’habitude, il nous faut malheureusement ajouter une dénégation de responsabilité. C’est-à-dire que personne, ni VTTnet ni l’auteur du présent article n’endossera la responsabilité si vous vous fracassez sur les tremplins de votre propre fabrication, même si vous avez suivi scrupuleusement les quelques conseils bafouillés ci-après. Donc vous les construisez et vous vous en servez à vos risques et périls. Vu ?

Plan et dimensions

Première chose, les dimensions de la rampe. Cela va dépendre de votre niveau, principalement ce que vous arrivez à sauter à plat. Rien ne sert de construire un monstre qui vous fera peur ou pire, mal. Et il n’est pas fort utile non plus de construire une rampe de la hauteur d’une bordure, votre trottoir peut faire l’affaire pour cela.

Je vous conseille donc de monter sur différents obstacles avec votre vélo (pas nécessairement la table du salon) et de voir si vous vous sentez à l’aise à cette hauteur, si vous vous sentez capable de la sauter (dropper). Rappelez vous aussi qu’un tremplin va vous envoyer plus haut que sa propre hauteur, il vaut donc mieux viser trop bas que trop haut.

Si vous avez déjà construit la grind box de l’article précédent, sa hauteur peut convenir, comme cela vous aurez une table avec décollage et réception. C’est sur cette base que je suis parti.

La rampe ne présente pas trop de difficulté dans l’élaboration du plan. Latéralement c’est un triangle. Il faut juste faire attention à son inclinaison. On a souvent tendance à exagérer et à se retrouver avec quelque chose de trop pentu au final, et donc d’inutilisable.

Personnellement, j’ai utilisé un pente de 60% soit environ 30°. Pour une hauteur fixée à 45 cm, cela nous donne une base d’environ 80 cm et une longueur de réception de 90 cm.
Pour un BMX dont l’empattement est également de 90 cm cela peut convenir bien qu’étant limite. Je ne l’utiliserai certainement pas comme réception sans quelque chose comme la box devant. Pour un VTT dont l’empattement est d’environ 110 cm cela ne convient pas du tout et il faut l’allonger. J’estime aussi que la pente est un peu trop sévère pour un débutant. Quelque chose comme 20° serait plus raisonnable.
Donc une bonne règle à retenir pour la longueur de la réception est de DOUBLER l’empattement du vélo.

Pour la largeur maintenant. La largeur d’un tremplin n’a que peu d’importance si vous vous contentez de sauter de façon rectiligne, c’est à dire sans rotation comme un 360. Si vous savez rouler droit, un tremplin de 40 cm de large peut convenir. Par contre, la réception doit être beaucoup plus large : vous ne voudriez pas atterrir à coté !

Pour un débutant, une réception large signifie que les petites déviations dans le décollage ne conduiront pas à un crash majeur à l’atterrissage. Pour quelqu’un dont le niveau est plus élevé, une réception large signifie plus d’aisance dans les tricks. Tout le monde est donc gagnant. 60 cm est un minimum, mais si vous savez construire une largeur de 90 ou même 120, c’est encore mieux !

Vous pouvez conservez les mêmes dimensions longueur/hauteur/largeur pour la rampe et le tremplin incurvé. Le seul problème avec le tremplin incurvé est de trouver la bonne transition c’est à dire la bonne courbure. Pour cela, pas de secret : c’est essai et erreur. Mais pour vous éviter trop de peine, vous trouverez dans cet article le graphique et même l’équation qui vous donnera une bonne transition. A vous de l’ajuster pour les dimensions de votre tremplin.

Ce que j’ai trouvé de mieux pour l’équation donnant la courbure du tremplin est le pied d’une gaussienne. Cela a du sens si on considère que le saut dans sa totalité est une gaussienne et que le tremplin en est sa base. C’est là que tout le monde éclate de rire (ou fond en larme) en voyant comment le freeride mène aux mathématiques ! N.B. : cela peut également servir à un prof de math en mal d’inspiration pour motiver ses élèves.

Matériaux

Pour le cadre qui constitue le squelette du tremplin, j’ai utilisé des montants en pin de section carrée et de 5 cm de coté. Etrangement, ce qui est référencé comme 5 cm ne fait que 4.5 en raison du ponçage (il n’y à pas de petit profit, dicton de menuisier ?).

Les panneaux latéraux sont en multiplis (5 plis) de 1.5 cm d’épaisseur. Le multipli possède de nombreux avantages : une excellente rigidité pour une épaisseur somme toute raisonnable, une bonne résistance aux intempéries et une élasticité qui lui permet de ne pas casser sous les chocs répétés.

Pour le tremplin incurvé, le dessus du tremplin (sa peau) est constitué de deux panneaux de multipli de 3 plis et 0.75 cm d’épaisseur superposés. Cela permet d’induire une courbure sans générer trop de tension dans les plis et de les casser. Il est ainsi possible de déformer le panneau sans forcer exagérément.

Les vis sont des vis a bois en acier de 4 cm de long et tête fraisée. Il m’en a fallu une petite centaine pour deux tremplins. Le tremplin incurvé en est grand consommateur. Nous en verrons la raison ici bas dans la section assemblage.

Avec tout cela, j’en ai eu pour un peu moins de 100 euros. Pour un budget plus serré il est toujours possible de chercher dans les matériaux de récupération, les chutes de bois etc. Mais je ne pense pas que cela en vaille la peine.
Comme outillage : un foreuse/visseuse/dévisseuse est indispensable, une scie circulaire pour la découpe des panneaux ainsi qu’une scie sauteuse pour les découpe incurvées sont les bienvenues.

Assemblage

L’assemblage est un jeu d’enfant pour qui sait manier la visseuse/dévisseuse. Il faut néanmoins prendre en compte que les têtes de vis ne doivent pas dépasser du bois sans quoi vous pourriez éclater vos pneus ou pire, vous blesser.
Il n’est pas nécessaire de fraiser les trous de vis que vous allez forer car la tête va s’enfoncer d’elle même dans le bois. Par contre il vaut mieux pré-forer les trous des vis car, sans cela, vos montants en pin risque d’éclater dans leur longueur.

Si le cadre de la rampe ne devrait pas poser de problème puisque tout est rectiligne, il est bon de réfléchir un petit peu pour le tremplin incurvé. Il n’est en effet plus possible d’utiliser de longs montants pour la partie incurvée ; il faut donc employer de petites sections régulièrement espacées (voir photo et croquis).

Comme dit précédemment, la peau du tremplin est constituée de deux plaques de multipli superposées. La souplesse du matériau permet d’imposer la courbure. La première plaque est vissée directement sur les renforts latéraux et la seconde est vissée au travers de la première sur les longerons. Prenez bien vos repères pour arriver au milieu de ceux-ci.

Pour éviter d’avoir un bord d’attaque trop épais à l’amorce du tremplin, j’ai laissé la seconde plaque de multipli dépasser de la première à sa base. Cela permet d’utiliser le tremplin avec de plus petites roues comme des rollers. Pour un skate board, les 0.75 cm de l’épaisseur de la plaque seront encore trop épais et il viendra butter contre. Il faut donc placer une plaque métallique d’une fraction de millimètre d’épaisseur à la base du tremplin.

Quelques conseils

Avant de vissez, forez un trou d’un plus petit diamètre dans le bois. Cela permet d’atténuer les contraintes dans les montants et que celeux-ci ne se fendent pas lorsque vous y placez la vis.

Repérez bien vos trous au crayon avant de forer, vérifiez que deux vis ne se croisent pas dans le bois.

Découpez les deux triangles de la rampe et les courbes du tremplin en superposant deux panneaux. Vous obtiendrez ainsi une meilleure symétrie.

Appliquez toutes les précautions d’usage lorsque vous bricolez.

Avant d’appeler tous vos copains à venir essayer vos nouveaux tremplins, vérifiez d’abord qu’ils soient solides, testez les (à pied), sautez dessus, regardez si les montants ne bougent pas, ajoutez des renforts si nécessaire.

Ancrez TOUJOURS vos tremplins au sol, vérifiez qu’ils ne reculent ou ne basculent pas lorsque vous sautez. Quelques palettes de chargement peuvent convenir pour solidariser le tremplin de la réception, ou alors utilisez la box pour constituer une table (c.f. photo).

La prochaine fois nous verrons comment construire un quarter-pipe, mais là on sort la grosse artillerie !

Have fun.



Auteur - PAB




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